dimanche 8 novembre 2009

Les Chinois se lancent dans le "made in Egypt"


Bien que la grande actu du moment au Caire ce soit le match Egypte-Algérie de demain soir (qui s'annonce sanglant), j'ai plutôt envie de raconter ma petite virée à Port Saïd de jeudi dernier. J'y suis allée pour faire un reportage dans une usine textile chinoise. Fatma, ma traductrice, qui est aussi JRI, a elle fait un sujet télé pour l'AFP.
J'ai eu l'idée de ce papier en lisant un article très intéressant sur le "Nile Textile Group". J'étais étonnée d'apprendre qu'un ouvrier égyptien pouvait être moins cher qu'un ouvrier chinois. Cela paraîtra logique à toute personne un peu versée dans l'économie, j'imagine, vu l'écart de développement entre les deux pays. Mais moi j'avais encore en tête le cliché "Chine = main d'oeuvre bon marché", c'est-à-dire moins chère que partout ailleurs... Pourtant on parle depuis un moment des multinationales qui se replient sur le Cambodge ou le Laos parce que les ouvriers chinois sont devenus "trop chers".
Pour cette raison et beaucoup d'autres, les Chinois commencent eux-mêmes à délocaliser une partie de leur production en Afrique, comme me l'a expliqué au téléphone le journaliste Michel Beuret, auteur avec Serge Michel et le photographe Paolo Woods du très bon livre La Chinafrique, paru en juin 2008. Et cette usine de Port Saïd (qui est loin d'être la seule en Egypte, où l'on compte plus de 800 entreprises chinoises) en est un exemple vivant!


L'entrée de l'usine.


J'ai fait un article sur le sujet pour La Provence , à paraître ces jours-ci :

A Port Saïd, une usine chinoise fabrique des t-shirts « made in Egypt »


Le cliquetis des machines à coudre emplit la salle de l’usine. Les ouvriers égyptiens, hommes et femmes, sont courbés sur leur ouvrage. Par-dessus leur épaule, des Chinoises vérifient que la couture est bien faite ou que les manches des polos sont de même longueur. « Shouf. Kida, mesh kida » (regarde, comme ça, pas comme ça), dit l’une des contremaîtres à une jeune fille au voile jaune vif. Quand il s’agit de communiquer, quelques mots d’arabe et une bonne gestuelle font l’affaire. A l’étage du dessus, les polos rayés sont repassés et emballés, avant d’être expédiés vers les Etats-Unis, sous l’étiquette « made in Egypt ».



Alors que le sommet Chine-Afrique s’est achevé lundi à Charm el Cheikh, en Egypte, la réussite de Nile Textile Group, qui emploie 600 personnes (480 Egyptiens et 120 Chinois), illustre les opportunités que le pays des pharaons peut offrir aux investisseurs chinois. Il y a dix ans, un entrepreneur chinois, Li Jinglin, a créé cette entreprise, elle-même 100% chinoise, dans la zone franche de Port Saïd, un port méditerranéen situé à l’embouchure du Canal de Suez. A l’époque, les quotas américains et européens sévissaient contre les importations textiles chinoises. Venu du Jiangsu, l’une des principales régions textiles de Chine, Li Jinglin a compris qu’en produisant en Egypte, il tenait le bon filon. Tout en faisant d’énormes économies sur le transport, il évitait les barrières commerciales imposées à la Chine.

En janvier 2008, le système des quotas a été supprimé, mais « il est toujours beaucoup plus facile d’exporter vers les pays occidentaux depuis l’Egypte », explique Mohamed Abdel Samih, directeur d’El Wataniya, un cabinet de juristes qui prend en charge les démarches administratives de l’entreprise chinoise. « De plus, comme Nile Textile Group est situé dans une zone franche, l’entreprise n’a pas à payer de droits de douane à l’Etat égyptien sur les marchandises exportées. »


Un conseil affiché dans la salle principale de l'usine, en chinois et en arabe :
"Sois un exemple, travaille de ton mieux."

Les coûts de production, eux aussi, se révèlent plus bas en Egypte qu’en Chine. « L’électricité est très peu chère, tout comme la main d’oeuvre », souligne Ahmed Zoheir, en charge des relations avec les investisseurs étrangers au sein de l’Autorité des investissements égyptienne. Le salaire moyen d’un ouvrier textile du Jiangsu tourne autour de 1500 yuans (147 euros), tandis que les employés de l’usine de Port Saïd touchent - au minimum - 700 livres (85 euros). Pour autant, les ouvriers égyptiens semblent y trouver leur compte, notamment grâce à un système de primes de productivité. « Dans cette usine, tu gagnes plus si tu travailles bien, alors que dans les autres usines textiles les salaires sont fixes », témoigne Oumaïma Shorbal, 17 ans, qui travaille là depuis un an. « Les meilleurs ouvriers peuvent toucher jusqu’à 1000 livres (123 euros) », renchérit Mohamed Abdel Samih. Les employés chinois, eux, sont payés davantage, mais leur salaire reste secret.

Une longue sonnerie retentit : c’est la pause déjeuner, une demi-heure. « On est devenu amis avec les Chinois, on les invite pour les mariages », raconte Leïla Ali, la quarantaine, ouvrière depuis huit ans dans cette usine. Et l’aventure égypto-chinoise ne devrait pas s’arrêter là : lors du sommet de Charm el Cheikh, les deux pays, dont le volume des échanges commerciaux a été multiplié par dix en dix ans, ont annoncé la création d’une « zone économique spéciale » à Ayn Sukhna, dans le Golfe de Suez. Le lieu devrait accueillir quelques 180 entreprises chinoises, des secteurs automobile, textile et informatique notamment, et créer des milliers d’emplois.





A suivre, dans la série "Chinois en Egypte", les vendeurs chinois au porte-à-porte, qui fournissent leur garde-robe de future mariée à de plus en plus de jeunes Égyptiennes... A un prix imbattable, cela va sans dire!


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